Imaginez un instant un psychiatre, sans formation en astrophysique, qui bouleverse le monde scientifique avec des théories sur l’univers, l’histoire et les cataclysmes. C’est l’histoire fascinante d’Immanuel Velikovsky, un homme dont les idées ont déchaîné de véritables controverses scientifiques, mais dont certaines prédictions se sont avérées étonnamment justes. Comment un autodidacte a-t-il pu provoquer une telle onde de choc ?
L’académie a souvent du mal à accepter ceux qui s’aventurent hors de leur domaine d’expertise, préférant que chacun reste dans sa branche. Pourtant, Velikovsky, avec une curiosité insatiable pour l’histoire, s’est plongé dans l’étude des théories cosmiques, remettant en question les paradigmes établis de son époque.
Des théories audacieuses sur les catastrophes cosmiques et les récits anciens
Immanuel Velikovsky, né en Biélorussie en 1895, a étudié les mathématiques, l’histoire et la médecine avant de devenir un psychiatre respecté. C’est sa passion pour l’histoire ancienne qui l’a mené sur un chemin inattendu. Il s’est inspiré d’œuvres audacieuses comme « Moïse et le monothéisme » de Freud pour développer ses propres idées.
Son œuvre majeure, « Mondes en collision » (publiée en 1950), présentait une thèse stupéfiante : notre planète aurait subi des catastrophes cosmiques majeures il y a quelques millénaires. Selon lui, ces événements se sont produits lors de passages extrêmement proches d’autres corps célestes.
Il avançait que Vénus serait un fragment détaché de Jupiter lors d’une gigantesque explosion. Avant de stabiliser son orbite, Vénus aurait frôlé la Terre à deux reprises, vers 1500 et 800 avant J.-C., causant des cataclysmes qui auraient modifié le cours de l’histoire. Plus tard, Mars aurait également eu un passage proche de la Terre.
Pour étayer ses affirmations, Velikovsky a puisé dans une multitude de sources : papyrus égyptiens, tablettes cunéiformes, la Torah et d’autres récits mythologiques anciens. Il y voyait des descriptions codées de ces catastrophes cosmiques, influençant la géologie, la paléontologie et même l’archéologie.
Des prédictions étonnantes… souvent confirmées bien plus tard
Ce qui rend les travaux de Velikovsky particulièrement troublants, c’est que plusieurs de ses affirmations, considérées comme absurdes à l’époque, ont été confirmées des années après leur publication.
Par exemple, dans les années 1950, l’idée que Vénus puisse être extrêmement chaude était balayée du revers de la main. Pourtant, en 1962, la sonde Mariner 2 a enregistré une température de surface de 430°C, révisée plus tard à 480°C. Velikovsky avait prédit une atmosphère dense pour Vénus, également confirmée. Fait encore plus intrigant, un astronome anglais aurait mathématiquement démontré l’origine jovienne de Vénus et d’autres planètes, comme l’avait suggéré Velikovsky.
Il affirmait également que la Lune et Mars porteraient les traces de ces interactions cosmiques. Les cratères sur la Lune, et plus tard les images des sondes spatiales, ont révélé des marques similaires sur Mars, corroborant ses dires.
En 1954, il a émis l’hypothèse de la présence de gaz rares comme l’argon et le néon dans l’atmosphère martienne. Les experts estimaient cela peu probable. Pourtant, en 1973, une recherche spatiale russe a détecté des quantités significatives de ces gaz sur Mars.
Autre prédiction audacieuse : Velikovsky suggéra la possibilité de recevoir des signaux radio de Jupiter en juin 1954. Dix mois plus tard, des astronomes de l’Institut Carnegie annonçaient avoir, à leur grande surprise, détecté de tels signaux venant de Jupiter.
Il a même spéculé sur l’existence d’hydrocarbures sur Vénus, une idée initialement « confirmée » par Mariner 2 en 1962, avant d’être infirmée par des analyses ultérieures – un point qui reste sujet à débat et montre la complexité des controverses scientifiques.
Une opposition scientifique farouche, malgré l’intérêt d’Einstein
À la publication de « Mondes en collision », la réaction fut violente. Le livre fut un best-seller auprès du public, mais la communauté scientifique le rejeta en bloc. Certains universitaires ont même fait pression sur l’éditeur pour qu’il retire le livre de la vente et annule les contrats de ses auteurs scientifiques qui auraient défendu Velikovsky. Il fut qualifié de « fou conspirationniste », ses théories défiant des figures vénérées comme Newton et Darwin.
Pourtant, paradoxalement, certains des plus grands esprits de son temps se sont intéressés à ses travaux. Carl Sagan, bien qu’il ait initialement combattu ses idées, a suivi ses recherches avec intérêt.
Plus étonnant encore, Albert Einstein lui-même a montré une certaine curiosité. On raconte qu’à sa mort, le livre « Mondes en collision » était ouvert sur son bureau. Ses proches auraient affirmé qu’Einstein avait mentionné à plusieurs reprises dans ses dernières semaines : « Velikovsky avait un point ». L’intérêt pour ses prédictions sur Jupiter est un exemple concret de cet échange, même si Einstein n’a pas accepté d’en discuter publiquement au départ.
Une méthodologie parfois biaisée par la validation des récits bibliques
Malgré ses intuitions étonnantes, Velikovsky n’était pas un scientifique objectif au sens strict du terme. Sa méthode de recherche était guidée par un objectif précis : prouver la véracité des événements décrits dans la Torah et la Bible.
Cette approche l’a malheureusement conduit à ignorer des preuves scientifiques lorsque celles-ci contredisaient ses interprétations des textes anciens. Pour tenter de faire coïncider les datations historiques avec des événements bibliques comme la traversée de la mer Rouge, il a parfois « forcé » les faits historiques.
C’est là que réside la limite de son génie : une soif de validation religieuse qui a pu l’aveugler sur la rigueur scientifique. C’est une critique que l’on pourrait retrouver chez d’autres penseurs cherchant à concilier foi et science.
Un point intéressant soulevé par ses détracteurs est son omission du continent de Mu, alors qu’il a étudié des tablettes en Extrême-Orient et parlé d’Atlantide. De même, pourquoi n’a-t-il jamais cité des versets similaires du Coran concernant la création et les catastrophes naturelles, alors qu’il s’appuyait lourdement sur la Torah et l’Ancien Testament ? Ces questions subsistent.
Génie incompris ou pionnier : un bouleverseur de paradigmes
Qu’on le considère comme un « génie fou » ou un pionnier, une chose est sûre : Immanuel Velikovsky a secoué les fondations de la pensée scientifique de son époque. Il a osé remettre en question des théories bien établies, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives sur l’histoire de notre système solaire.
Son parcours est un rappel que la science a parfois besoin de ces penseurs marginaux, ces « fous » à la manière de Nikola Tesla, pour la faire avancer. Même si sa méthode n’était pas toujours orthodoxe, les questions qu’il a soulevées et les prédictions qu’il a faites continuent de susciter la réflexion et d’alimenter les controverses scientifiques soixante-dix ans après. Il est un parfait exemple de la façon dont un individu, armé d’une curiosité insatiable, peut bousculer le statu quo et forcer la science à reconsidérer ses certitudes.
Foire aux questions
Qu’est-ce que « Mondes en collision » d’Immanuel Velikovsky ?
C’est le livre le plus célèbre d’Immanuel Velikovsky, publié en 1950. Il y expose ses théories cosmiques selon lesquelles la Terre aurait subi des catastrophes majeures dans l’Antiquité suite à des passages proches de Vénus et Mars. Ces événements auraient été enregistrés dans les mythes et textes religieux anciens.
Pourquoi les théories de Velikovsky ont-elles été si controversées ?
Les idées de Velikovsky contredisaient les modèles établis de la mécanique céleste et de l’histoire. La communauté scientifique a perçu son approche comme non rigoureuse et non objective, notamment en raison de sa tentative de valider des récits bibliques par des preuves scientifiques. Cela a entraîné de vives controverses scientifiques et un rejet massif de ses travaux par les académiciens.
Quelles sont les prédictions de Velikovsky qui ont été confirmées ?
Plusieurs de ses prédictions ont été confirmées ultérieurement. Il a prédit la haute température et l’atmosphère dense de Vénus (confirmé par Mariner 2), la présence de traces d’impacts sur la Lune et Mars, ainsi que la détection de gaz rares comme l’argon et le néon sur Mars. Il avait également suggéré la réception de signaux radio de Jupiter, ce qui fut confirmé quelques mois après son hypothèse.