Et si l’objectif principal de l’école n’était plus d’apprendre à faire ses devoirs, mais plutôt… à les corriger ? C’est une question qui bouscule nos certitudes, mais elle est plus pertinente que jamais à l’ère de ChatGPT. En effet, la première chose que nous ferons pour accomplir une tâche sera de demander à une IA. Le rôle de l’humain évolue alors pour devenir celui qui résout des problèmes et, surtout, qui pense par lui-même. C’est précisément la vision de Po-shen Loh, mathématicien, professeur à l’Université Carnegie Mellon, entraîneur de l’équipe américaine d’Olympiades Internationales de Mathématiques et, avant tout, entrepreneur social. Il nous invite à repenser l’éducation pensée critique IA et l’apprentissage résolution problèmes.
L’ère de l’IA redéfinit l’apprentissage : de la mémorisation à la réflexion critique
Aujourd’hui, l’IA prend en charge les tâches répétitives. Un calcul complexe ? Une formulation à vérifier ? ChatGPT est là. Notre valeur ajoutée réside désormais dans notre capacité à générer nos propres idées, à évaluer la pertinence d’une information et à résoudre des problèmes inédits. C’est un changement monumental par rapport à l’ancien modèle où l’on se contentait de mémoriser et de reproduire.
Prenons un exemple simple : avec six allumettes, comment former quatre triangles dont les côtés ont la longueur d’une allumette ? On pourrait essayer de les disposer à plat, mais on se retrouverait vite bloqué. La solution ? Il faut penser en trois dimensions, former une pyramide. Voilà le genre de flexibilité mentale que nous devons cultiver.
Développer la flexibilité mentale, pas juste la « préparation aux tests »
Traditionnellement, les tests de mathématiques évaluent notre capacité à écouter et à pratiquer des exercices. Or, cette approche a été dévoyée. Il existe aujourd’hui une énorme industrie de la « préparation aux tests » qui pousse les élèves à bachoter, à apprendre par cœur toutes les questions « étranges » qu’ils pourraient rencontrer. Cela demande des heures de travail acharné, souvent au détriment du bien-être de l’élève. Et le pire ? Cela étouffe toute chance d’invention.
Po-shen Loh, lui, a une philosophie différente. Quand il participait aux compétitions de mathématiques dans les années 80, chaque nouveau problème était une occasion de pratiquer la flexibilité mentale. Aujourd’hui, il s’efforce de proposer des questions que les élèves n’ont jamais vues. L’objectif n’est pas de les rendre imbattables aux examens, mais de leur apprendre à trouver leur propre chemin de pensée, à inventer. C’est là tout le futur enseignement mathématiques.
L’entrepreneuriat social au cœur d’une éducation durable
L’impact ne s’improvise pas. Il faut des ressources pour créer un changement significatif. Po-shen Loh le sait bien. Il raconte comment, il y a dix ans, son idée de site web gratuit pour expliquer les maths et les sciences n’avait pas de modèle économique. Une initiative louable, mais non durable.
Après plusieurs itérations, il a compris que ce que les gens désiraient vraiment, c’était une expérience humaine vivante avec un expert, qui soit aussi amical. Un défi de taille en matière de scalabilité, car les coachs brillants et chaleureux sont rares. C’est là qu’intervient le génie de l’entrepreneuriat social éducation.
L’écosystème « gagnant-gagnant-gagnant » : une synergie humaine inédite
Po-shen Loh a inventé un écosystème où tout le monde y trouve son compte. Il identifie trois besoins distincts, et les connecte :
1. Les élèves qui veulent apprendre les mathématiques et développer leur pensée critique.
2. Les experts en mathématiques, souvent des lycéens très doués, qui cherchent à affiner leurs compétences et à se perfectionner.
3. Les acteurs et coachs d’improvisation, passionnés par leur art, mais en quête de travail flexible et rémunérateur pour soutenir leur passion.
L’idée géniale lui est venue après avoir lui-même pris des cours d’improvisation pour améliorer sa communication. Il a réalisé que ces compétences pouvaient être transmises et utilisées pour rendre l’enseignement des maths plus engageant. Ainsi, des étudiants de haut niveau apprennent à coacher des élèves plus jeunes, encadrés par des professionnels du théâtre. Une discipline rigoureuse est appliquée : une tâche n’est confiée à un lycéen que si l’on peut expliquer à ses parents pourquoi c’est la meilleure façon d’utiliser son temps.
Cet écosystème offre une expérience éducative immersive, presque comme un « Twitch gaming stream » des maths, animé par des génies souriants. On y aborde l’algèbre, la géométrie, la combinatoire et la théorie des nombres. Pas pour la quantité, mais pour la qualité : ce sont les matières qui enseignent le mieux le apprentissage résolution problèmes et la capacité à générer ses propres idées. L’objectif ultime ? Que l’élève n’ait plus besoin de cours de qui que ce soit, et ce, le plus rapidement possible.
L’interaction directe : la clé pour comprendre les besoins réels et innover
Pour créer de la valeur, il faut être au contact des gens. Il est impossible de comprendre le monde réel sans s’y immerger. C’est pourquoi Po-shen Loh parcourt les villes, donne des conférences de mathématiques dans les parcs publics. Il a ainsi pu interagir avec des milliers de parents et d’élèves, comprendre leurs difficultés et leurs aspirations. Cette « découverte client » involontaire a été la genèse de ses meilleures idées.
Il va même enseigner aux élèves de sixième dans des écoles défavorisées, non pas en y injectant de l’argent, mais en allant sur le terrain, en se confrontant aux réalités. C’est de ces expériences directes, en tant que passionné de maths, en tant qu’élève ayant pris des cours de théâtre, en tant que personne ayant appris à penser de manière stimulante, que sont nées toutes ses innovations.
Pour lui, le succès n’est pas seulement de gagner beaucoup d’argent. C’est de parvenir à convaincre un maximum de personnes d’aimer être réfléchies. Dans ce nouveau « Far West » de l’IA, de nombreuses opportunités émergent. Ceux qui réussiront le mieux seront ceux qui excelleront à créer de la valeur. Son message est clair : chacun devrait être un peu entrepreneur, un « entrepreneur » dans le sens de créer de nouvelles choses, que ce soit au sein ou en dehors d’une organisation. C’est cette capacité à créer de la valeur qui permettra à la société de prospérer dans ce nouveau monde.
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Questions Fréquemment Posées
Q1: Pourquoi la pensée critique est-elle devenue si cruciale avec l’avènement de l’IA ?
R1: L’IA, comme ChatGPT, est de plus en plus capable de gérer les tâches répétitives et de fournir des solutions. Le rôle de l’humain évolue vers la génération d’idées originales, l’évaluation de la pertinence et de la correction des informations fournies par l’IA, et la résolution de problèmes inédits. La pensée critique est essentielle pour naviguer et innover dans ce nouveau paysage.
Q2: En quoi l’approche de Po-shen Loh diffère-t-elle des méthodes de préparation traditionnelles en mathématiques ?
R2: Contrairement aux méthodes traditionnelles qui misent sur la mémorisation et la répétition de solutions pour la « préparation aux tests », l’approche de Po-shen Loh vise à développer la flexibilité mentale et la capacité à « inventer » ses propres solutions. Il expose les élèves à des problèmes qu’ils n’ont jamais vus afin de stimuler leur réflexion et leur autonomie intellectuelle, plutôt que de les entraîner à reconnaître des schémas connus.
Q3: Comment fonctionne l’écosystème « gagnant-gagnant-gagnant » mis en place par Po-shen Loh ?
R3: Cet écosystème unique unit trois groupes : des élèves en mathématiques qui reçoivent un enseignement de pointe, des experts en mathématiques (souvent des lycéens très doués) qui affinent leurs compétences en enseignant et en coachant, et des acteurs ou coachs d’improvisation qui trouvent un emploi rémunérateur et flexible en aidant les experts à mieux communiquer. Chaque partie bénéficie directement de cette synergie, créant une expérience éducative humaine et stimulante.