Imaginez-vous arpenter un boulevard animé, et découvrir que sur une douzaine de cafés, huit d’entre eux arborent la même machine à expresso professionnelle. C’est une La Marzocco, un nom que les amateurs de café de spécialité reconnaissent instantanément. Pourtant, il y a à peine 30 ans, la quasi-totalité des machines La Marzocco aux États-Unis se trouvaient chez… Starbucks. Comment cette marque iconique, qui a motorisé l’empire du café pendant une décennie avant d’être remplacée, a-t-elle non seulement survécu, mais a-t-elle prospéré pour devenir le cœur de la scène du café de spécialité mondial ? Plongeons dans l’histoire La Marzocco.
Les innovations qui ont façonné l’espresso
L’histoire de La Marzocco, c’est avant tout celle de l’ingéniosité. Fondée en 1927 par les frères Giuseppe et Bruno Bambi, cette entreprise familiale de Florence, en Italie, a toujours été à la pointe. Les premières machines à expresso, au début du siècle, étaient souvent équipées d’une chaudière verticale. Mais en 1939, La Marzocco a révolutionné le secteur avec l’introduction de la chaudière horizontale.
Pourquoi est-ce si important ? L’espresso, c’est de l’eau chaude sous pression traversant du café finement moulu. Mais la clé d’un excellent espresso, c’est une température constante. En positionnant la chaudière horizontalement, on obtient plus d’espace pour la vapeur, ce qui améliore considérablement sa production.
Mais ce n’était pas la seule innovation. Pour un contrôle thermique encore plus poussé, La Marzocco a introduit le système à double chaudière en 1970. Une chaudière pour la vapeur et l’eau chaude, une autre entièrement dédiée au café. Cela garantit une stabilité thermique incroyable pour l’extraction de l’espresso, assurant que chaque tasse soit parfaite. Le premier modèle à intégrer ce système, le GS de 1970, a d’ailleurs attiré l’attention d’un certain géant du café…
L’ère Starbucks : une reconnaissance mondiale
Dans les années 70, un entrepreneur du nom de Kent Bakke voyage à Florence et y rencontre Piero Bambi, le fils de Giuseppe. Avec la bénédiction de la famille, Kent commence à importer des machines La Marzocco aux États-Unis. C’est le début de la « deuxième vague » du café, où les boissons à base d’espresso gagnent en popularité, inspirées par la culture italienne.
Parmi les admirateurs, Howard Schultz, alors PDG de Starbucks, est introduit à La Marzocco dans les années 80 par Kent. Starbucks avait besoin de machines adaptées à ses gobelets à emporter. La Marzocco a modifié sa Linea Classic emblématique pour offrir plus d’espace sous le groupe d’infusion. Entre 1994 et le début des années 2000, Kent Bakke a même dirigé une usine à Seattle pour produire des machines exclusivement pour Starbucks. On parle de près de 5 000 machines La Marzocco produites en dix ans, la Linea Classic étant le moteur de l’expansion fulgurante de Starbucks.
Mais avec une croissance aussi phénoménale, passant de 425 à 8 500 magasins en dix ans, Starbucks a rencontré de nouveaux défis : plus d’emplacements, plus de boissons, plus de baristas à former et des millions de clients impatients. La marque avait besoin de vitesse et de simplicité. Il est devenu clair que l’automatisation serait inévitable.
Le grand virage : La Marzocco et la troisième vague du café de spécialité
Entre 2004 et 2005, Starbucks a retiré près de 5 000 machines La Marzocco de ses magasins, les remplaçant par des machines super-automatiques comme la Mastrena. Une entreprise familiale, perdant son plus gros client américain, aurait pu s’effondrer. Mais pour La Marzocco, ce n’était pas la fin ; c’était une opportunité inattendue.
Alors que Starbucks abandonnait ses Linea Classic, de nombreux cafés de spécialité commençaient à émerger. Ils recherchaient du matériel fiable, précis, et surtout, qui mettait en valeur le savoir-faire du barista. Les machines La Marzocco, dont beaucoup ont été rachetées par la marque ou revendues sur le marché d’occasion, sont devenues le choix évident pour cette « troisième vague » du café. Les clients, habitués à les voir chez Starbucks, reconnaissaient instantanément leur qualité.
Aujourd’hui, il n’est pas rare d’entendre des professionnels les surnommer la « Ferrari des machines à expresso ». Leur réputation s’est construite sur leur durabilité exceptionnelle – on voit des machines avec plus de 2 millions d’extractions au compteur – et leur capacité à produire un espresso d’une qualité inégalée, grâce à leur régulation thermique supérieure.
Le secret de la qualité et de la longévité La Marzocco
Chaque machine La Marzocco est toujours fabriquée à la main près de Florence, en Italie. C’est un engagement envers l’artisanat qui se ressent dans chaque détail. La précision, la robustesse et l’attention portées à la stabilité de la température sont leurs maîtres mots.
Le système à double chaudière et la conception horizontale garantissent que l’eau du café est toujours à la température idéale, circulant constamment dans le groupe d’infusion. C’est cette constance qui permet aux baristas d’extraire le meilleur de chaque grain, offrant une expérience gustative supérieure à chaque fois. Pour les propriétaires de cafés, c’est aussi un investissement dans un équipement qui durera des décennies.
Fidélité à l’artisanat : pourquoi pas de machines super-automatiques ?
On pourrait penser que, face à la pression du marché et à la demande de Starbucks, La Marzocco aurait pu céder et développer des machines super-automatiques. Mais non. L’entreprise a délibérément choisi de rester fidèle à son héritage. Les machines La Marzocco sont traditionnelles ou semi-automatiques, exigeant et célébrant la touche humaine du barista.
Piero Bambi lui-même, dit-on, aurait refusé de fabriquer une machine super-automatique pour Starbucks. Il n’avait rien contre ces machines en soi, reconnaissant leur place sur le marché. Mais, comme il l’a si bien dit, il aimait les gens et l’interaction. Il ne voulait pas « interfacer avec un robot ». Cette philosophie est au cœur de la marque : le café est une expérience humaine, un moment de partage, et la machine doit soutenir cet art, pas le remplacer.
C’est pourquoi, près de 100 ans après sa fondation, La Marzocco continue de prospérer, non pas en cherchant la facilité, mais en cultivant l’excellence et le savoir-faire. C’est une marque qui a su pivoter, non pas en suivant les tendances, mais en les inspirant, en restant fidèle à ses valeurs et à l’amour du bon café.
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Questions Fréquemment Posées
Q1 : Pourquoi Starbucks a-t-il remplacé ses machines La Marzocco par des super-automatiques ?
R1 : Avec sa croissance massive et l’augmentation du nombre de clients, de boissons et de baristas, Starbucks avait besoin de machines plus rapides et plus faciles à utiliser. Les machines super-automatiques, comme la Mastrena, permettent d’extraire l’espresso et de faire mousser le lait en appuyant sur un seul bouton, augmentant considérablement l’efficacité et la cohérence à grande échelle.
Q2 : Qu’est-ce qui rend les machines La Marzocco si uniques et prisées dans le monde du café de spécialité ?
R2 : Les machines La Marzocco sont reconnues pour leur fabrication artisanale en Italie, leur durabilité exceptionnelle et leurs innovations techniques, notamment la chaudière horizontale et le système à double chaudière. Ces avancées garantissent une stabilité thermique supérieure pour l’extraction de l’espresso, permettant aux baristas d’obtenir une qualité constante et un goût optimal, ce qui est crucial pour le café de spécialité.
Q3 : Comment La Marzocco a-t-elle su prospérer après avoir perdu le partenariat avec Starbucks ?
R3 : La « perte » de Starbucks n’a pas été une fin mais une opportunité de se recentrer. Au même moment, la « troisième vague » du café de spécialité émergeait, valorisant la qualité, la précision et le savoir-faire du barista. Les machines La Marzocco, reconnues pour leur excellence, sont devenues le choix naturel pour ces nouveaux cafés, se positionnant comme la marque de référence pour les professionnels et les amateurs exigeants, fidèles à une approche plus humaine et artisanale du café.